LILAS, UN TRIO EN QUÊTE D’AUTHENTICITÉ

ZOOM SUR... par TEMPO WEBZINE8 NOVEMBRE 2019

Nils Bruder

En 2017, Stéphane Morilla (rhodes) réunissait autour de lui Annabelle Rogelet (violoncelle) et Jorge Costagliola (percussions) pour former Lilas. Le groupe – basé dans le Mâconnais et soutenu par le CRJ, en 2020 se veut un retour vers les fondamentaux de la musique. Entretien.

Comment le projet Lilas est-il né ?

« Après avoir joué une musique plutôt énervée pendant la trentaine et le début de la quarantaine, j’ai souhaité revenir à des compositions plus posées, plus authentiques. L’univers de Lilas s’appuie sur des souvenirs d’enfance, des sensations premières, les choses fondamentales de la vie et de la musique. Le nom du projet vient d’une haie de lilas dans laquelle je jouais, enfant. J’y avais une cabane et j’adorais l’odeur des fleurs. J’ai aussi voulu me déposséder du nom du groupe, sans y faire apparaître le mien. Cette évolution s’est également traduite par le fait de changer certaines habitudes : je savais qu’en appelant des musiciens proches, je serais reparti sur les mêmes schémas. Je voulais notamment sortir du format basse-batterie, grâce au violoncelle. J’ai donc contacté Annabelle Rogelet. »

Comment l’avez-vous connue ?

« Un soir de concert, elle est montée sur scène pour faire un bœuf avec nous. Musicienne classique, elle avait cette tentation du jazz qui m’a plu. Annabelle nous ouvre de nouveaux espaces avec son interprétation, son volume sonore et les informations qu’elle nous apporte. Cela étant, pour elle, plonger dans un univers jazz a impliqué de déstructurer beaucoup de choses. C’est justement ce que j’aime chez Annabelle : elle est « tout-terrain ». En retour, le fait de travailler avec elle a changé mon approche de la musique. Alors que, d’ordinaire, je fonce bille en tête, il m’a fallu expliquer des choses que je tenais pour acquises. Annabelle m’a aussi appris que d’autres propositions pouvaient tout aussi bien fonctionner. C’est un processus passionnant. »

Avec Jorge Costagliola, c’est une histoire plus ancienne…

Oui, cela fait près de 30 ans qu’on joue ensemble ! Là encore, c’est un musicien qui casse les codes. Il utilise chaque instrument de son set – congas, cajón, darbouka, caisse claire, cloches… – comme une touche de clavier. Avec ce jeu mixte, on ne sait jamais ce qui va se passer (sourire). Mais ce qu’on sait, c’est qu’avec son côté inventeur et bricoleur, Jorge saura enrichir les notes du rhodes et du violoncelle pour faire de notre son quelque chose de doux, de rond. En cela, il joue un véritable rôle de « metteur en son » pour le trio.

Vous parliez de recherche d’authentique, comment celle-ci se traduit-elle musicalement ?

« Il y a quelques années, je faisais des concessions pour trouver des dates. Ça me minait et finissait par gâcher ma passion pour le jazz. Aujourd’hui, comme j’enseigne la musique, j’ai retrouvé une liberté dans la composition. Lilas me permet de jouer et de partager la musique que je veux faire. Par exemple, en octobre dernier, on a joué dans un auditorium de 50 personnes, au festival Un doua de jazz, à Villeurbanne. Cette ambiance intimiste nous a permis de « bien placer notre musique ». Celle-ci s’est mise à parler aux gens. Un moment délicieux. C’est ça, l’authentique. »

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